Le mardi 25 août 2026, Émilie-Laye Birkui, fondatrice de Molleau, était l'invitée de Brigitte Boucher dans Le Pitch, la séquence de Good Morning Business sur BFM Business. Quelques minutes pour expliquer Molleau et un chiffre que personne ne regarde : le nombre de litres qui s'écoulent pendant une douche.
« Réveil à 4 heures, direction les plateaux. C'était mon tout premier plateau télé. Une fois sur place, tout est allé très vite : en moins de dix minutes, j'étais assise. Juste avant d'entrer, j'ai entendu Brigitte Boucher annoncer Molleau, et j'ai eu un pincement au cœur. Quatre ans de travail qui prennent leur sens en une phrase. »
Personne ne compte jamais les litres
Sous la douche, à chaque minute, les litres défilent : une minute, c'est plus de 10 litres. Personne ne compte les litres.
C'est exactement là que se joue le sujet. La douche est le premier poste d'eau chaude d'un logement, elle se répète chaque jour dans presque tous les foyers, et pourtant elle reste totalement invisible pendant qu'elle a lieu.
Le Molleaumètre rend la douche lisible, et cela pour la première fois : un chiffre qui grimpe en direct sous les yeux, et un anneau lumineux qui change de couleur à mesure que la consommation augmente. Vert, orange, rouge.
Un débitmètre de douche connecté et autonome, qui mesure la consommation d'eau en temps réel et l'affiche pendant la douche. Autoalimenté par une micro-turbine hydroélectrique, donc sans pile et sans maintenance, il s'installe en quelques secondes, sans travaux ni plombier.
Vert jusqu'à 20 litres, rouge au-delà de 40
La première question du plateau portait sur le seuil : à partir de quand la couleur change-t-elle ? L'anneau passe du vert à l'orange à 20 litres, puis au rouge au-delà de 40 litres, avec une pulsation lumineuse pour signaler le dépassement. Ces paliers sont ceux que nous avons retenus par défaut, et ils sont paramétrables : c'est au gestionnaire de décider ce qui correspond à son établissement, pas à nous.
Un anneau, une application, un tableau de bord
Le dispositif ne s'arrête pas à l'anneau lumineux. Une application accompagne chaque résident dans ses éco-gestes, en lui donnant le recul que l'anneau seul ne peut pas offrir : ses tendances, ses volumes, l'évolution d'une semaine à l'autre. Et côté gestionnaire, un tableau de bord centralise l'ensemble : consommation par logement et par site, conversion en euros et en CO₂, exports prêts pour les rapports RSE.
Cette double lecture est ce qui distingue une mesure d'un simple gadget. Le résident voit ce qu'il consomme au moment où il le consomme. Le gestionnaire, lui, voit l'effet à l'échelle de son parc, période après période.
Huit mois de mesure, pas une promesse
Le chiffre présenté à l'antenne vient du terrain : sur le pilote mené avec Hénéo (groupe RIVP, résidence Relais d'Italie, à Paris), huit mois de tests et 3 140 douches analysées de novembre 2025 à juin 2026 montrent une baisse de 23 % d'eau chaude par douche en moyenne. La réduction individuelle maximale observée atteint 61 % chez les plus gros consommateurs.
Sans rien couper, sans rien contraindre. Ni le débit ni la pression n'ont été modifiés, aucune consigne n'a été donnée aux résidents. Juste en montrant.
40 litres, est-ce vraiment beaucoup ?
C'est la question qui est revenue avec le plus d'insistance sur le plateau. La réponse de Molleau : la moyenne des Français se situe à 60 litres par douche, et c'est beaucoup.
Les arrêtés sécheresse et les restrictions d'usage se multiplient chaque été, comme l'a montré l'été 2026. Le jour où il faut tenir dans une enveloppe d'eau limitée, savoir combien on consomme au moment où on consomme change tout. Aujourd'hui, sous la douche, personne ne le sait.
« Ce n'est pas stressant ? »
C'est la question qui est revenue sur le plateau, et c'est la bonne : afficher un chiffre qui grimpe pendant qu'on se lave, n'est-ce pas une source de pression supplémentaire ? La réponse est venue des résidents eux-mêmes. Au bilan à six mois du pilote, la satisfaction médiane atteint 5 sur 5, et l'ensemble des répondants recommandent le dispositif.
Ce qu'ils décrivent n'est pas une contrainte, mais un repère : quelque chose qui leur permet d'avoir une consommation responsable, sans y penser en permanence. Les mots qui reviennent dans les questionnaires sont « repère », « conscience », « responsabilisation ». C'est toute la différence entre informer et contraindre : personne n'est coupé, personne n'est jugé, chacun décide.
Un boost, pas une simple incitation
Une précision s'impose après l'émission, parce que les deux notions sont souvent confondues. On parle beaucoup d'incitation douce. Molleau relève plutôt du boost (Hertwig & Grüne-Yanoff, 2017) : là où l'incitation oriente le choix à l'insu de la personne, le boost lui donne les moyens de décider par elle-même. C'est exactement ce que fait le Molleaumètre : les litres défilent en temps réel, l'anneau passe du vert au rouge. Un chiffre, une couleur, une décision éclairée.
Et la différence n'est pas théorique : ce qui s'apprend reste. Un étudiant qui quittait la résidence Hénéo où le test a été mené l'a dit à son départ.
« Dans mon prochain appartement, grâce à Molleau, je saurai que chaque minute, c'est beaucoup de litres. »
C'est la promesse du boost : la compétence acquise part avec la personne, même quand le dispositif reste au mur.
Combien ça coûte, et comment ça se rentabilise
La question du modèle est venue naturellement. Molleau fonctionne avec un frais fixe de mise en place, puis un abonnement d'environ 6 € par mois et par douche qui comprend le dispositif, le tableau de bord et l'application. Pas de vente de matériel sec : le service et la donnée vont ensemble.
Côté gestionnaire, le retour se lit sur deux lignes de la facture, l'eau et l'énergie qui la chauffe, et sur un troisième plan moins immédiat mais tout aussi structurant : le reporting. Le tableau de bord produit les rapports d'économie d'eau et d'énergie que réclament le dispositif Éco Énergie Tertiaire et les obligations RSE. Autrement dit, la donnée ne se revend pas, elle sert à documenter la performance de l'établissement qui la produit.
Une question d'écoconception a aussi été posée à l'antenne, et elle est légitime : un objet électronique a lui-même un coût environnemental. Une analyse de cycle de vie est en cours, et nous publierons ses résultats.
La suite : Orsay, l'hôtellerie, une levée de fonds
Les prochaines étapes ont également été annoncées à l'antenne. Dès cette rentrée, nous démarrons avec in'li (groupe Action Logement) un déploiement dans une résidence Colonies à Orsay. Un hôtel suivra, qui constituera notre premier terrain en hôtellerie après les résidences.
En hôtellerie, la logique se déplace légèrement : le client ne paie pas l'eau de sa douche. C'est pourquoi la mesure par chambre ouvre la voie à une mécanique de récompense, sur le modèle de ce qui existe déjà pour les serviettes. Valoriser les clients les plus sobres plutôt que de leur faire la leçon, et faire de l'éco-geste un élément positif du séjour.
En parallèle, Molleau prépare une levée de fonds de 500 000 € d'ici la fin de l'année, avec trois objectifs : accélérer la commercialisation, franchir la phase d'industrialisation et renforcer l'application dédiée aux éco-gestes.
Bailleurs, résidences étudiantes, hôteliers : nous ouvrons de nouveaux sites pilotes pour cette rentrée. Investisseurs, le sujet vous parle également ? Écrivons-nous, trente minutes suffisent pour voir si votre contexte s'y prête.
Pourquoi ce passage compte
Molleau parle habituellement à des professionnels : bailleurs, gestionnaires de résidences, hôteliers, équipes RSE. Ce sont eux qui équipent des dizaines ou des centaines de douches, et donc eux qui font l'impact. Mais le sujet, lui, est universel. Tout le monde prend une douche, et personne ne sait ce qu'elle coûte.
Une prise de parole grand public a cet intérêt : elle sort la sobriété hydrique du registre de la contrainte pour la ramener à quelque chose de concret et de mesurable. On ne demande à personne de se laver moins. On rend visible ce qui ne l'était pas, et on laisse chacun décider.
Reste à savoir ce que cela donnerait chez vous. Le simulateur d'économies en donne une première estimation en quelques minutes, et l'ensemble des données mesurées est publié sur la page Chiffres clés.
Merci à toute l'équipe de BFM Business, à Brigitte Boucher, ainsi qu'à Clara Bideau et Thomas Chenel pour l'invitation.
Source : Le Pitch, Good Morning Business, BFM Business, 25 août 2026, entretien avec Brigitte Boucher. Résultats cités : pilote Molleau × Hénéo, groupe RIVP, résidence Relais d'Italie, Paris, 28 logements équipés, environ 3 140 douches analysées de novembre 2025 à juin 2026, −23 % d'eau chaude par douche en moyenne, réduction individuelle maximale observée −61 %. Paliers par défaut : orange à 20 L, rouge au-delà de 40 L, paramétrables. Tarif indicatif : frais fixe de mise en place puis abonnement d'environ 6 € par mois et par douche, dispositif, tableau de bord et application inclus.